La connaissance ou la méconnaissance d’Allah à notre échelle humaine ?

La connaissance ou la méconnaissance d’Allah à notre échelle humaine ?

Salam ´alaykoum 

Notre soeur a posté la question suivante :

إِنَّمَا يَأْمُرُكُم بِالسُّوءِ وَالْفَحْشَاءِ وَأَن تَقُولُوا عَلَى اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ – 2:169

Verset 169 de la Sourate Al baqara 

Que disent les commentateurs à propos de ce verset sachant que Allah est au-delà de toute considération et que quelques versets plus haut, il est évoqué que les croyants sont les plus ardents en l’amour d’Allah ? 

Comment “interpréter” la connaissance ou la méconnaissance d’Allah à notre échelle humaine ?

Voici une proposition de réponse :

Ce verset vient à la suite du passage où Allah ordonne aux êtres humains (pas uniquement aux musulmans) de consommer des choses halal (licites) et saines.

La notion de halal s’adresse pourtant aux musulmans spécifiquement.

Mais le verset nous instruit sur la nécessité de déterminer des normes de consommation qui s’inscrivent dans une démarche saine. Cette recommandation est associée à celle de ne pas suivre les pas du diable. On en comprend que le mode de consommation donne le tempo à nos chemins de vie.

Le verset suivant montre les degrés d’intensité qui pourraient arriver dans nos déviances si nous ne prêtons attention à cet ordre. Et la pire des déviances n’est pas dans les péchés qu’on identifie le plus souvent mais dans le fait de spéculer sur Allah.

Certains savants comme Razi ont pointé du doigt la génération des mu’tazilites et autres philosophes qui passaient leur temps à vouloir décrire Allah et répondre à des questions de formes qui dépassent l’entendement humain.

D’autres comme Ibn Juzay ont considéré qu’il s’agissait de ceux qui rendent licite ou illicite sans connaissance des ordres divins.

Pour faire le lien avec ce que l’on vit : nous vivons dans une société de consommation où les normes sont d’usage. Mais le paradoxe de ces normes c’est qu’elles n’ont pas de sens ou n’en visent pas de sains. Ainsi, nous suivons les phénomènes de mode et nous pouvons consommer tout et son contraire en fonction des années et de la mode. Mais le plus grave c’est que la notion de norme divine et le sens de cette norme est devenu quelque chose de totalement abstrait pour la grande majorité y compris des musulmans. La conséquence de cela est que justement nous finissons par nous penser suffisamment intelligent et légitime pour décréter ce qui doit être licite ou illicite. Les avis religieux pleuvent parfois sans aucun fondement….

Je ne voudrais pas faire trop long mais le verset suivant montre que le contraire (c-à-d copier bêtement ce que faisaient les anciens avec la crainte du changement) n’est pas mieux. La voie juste est dans l’équilibre, dans une consommation consciente.

Pour répondre plus précisément à la question posée au sujet de la connaissance d’Allah et de la méconnaissance d’Allah. Il y a au moins trois niveaux à distinguer :

 ⁃ Tout d’abord, il faut une grande humilité dans la manière d’aborder ces sujets. Ce ne sont pas des sujets à spéculer et comme disait Roger Garaudy, l’islam est une philosophie de l’action et non de l’être. Le prophète (s) ne nous a pas appris à discourir sur Dieu mais à méditer sur la voie qui mène à Dieu. Il convient donc de ne pas trop s’aventurer dans des descriptifs et débats dogmatiques qui nous échappent.

 ⁃ Cela n’est possible que si nous sommes attentifs aux signes divins. Quand certains ont voulu polémiquer avec le prophète (s) sur les noms divins en prétendant qu’il y avait plusieurs Dieu, puisqu’il avait plusieurs noms et qu’ils l’ont interrogé sur le nom الرحمان (l’intensément miséricordieux), Allah a répondu en décrivant les serviteurs du Rahman (عباد الرحمان). Connaître les signes divins est un levier nécessaire, et parfois nous attribuons ces signes à d’autres ou nions la puissance divine. Lorsque certains sont dans des démarches de maîtrise extrême et qu’ils en arrivent à dire que certaines choses ne sont pas du ressort de Dieu, c’est une forme de dénigrement grave.

 ⁃ Enfin la troisième manière de dire au sujet d’Allah ce qu’on ne sait pas, c’est de se prononcer sur ses normes sans savoir et donner des avis juridiques sans fondement parce qu’on consomme de la Fatwa sur Google sans respect des méthodologies savantes. Et j’en profite ici pour adresser un petit message sur ce sujet :

Il arrive régulièrement que les frères et sœurs qui gèrent la page des Rencontres autour du Coran me transmettent des questions d’ordre juridique (fiqh). Il s’agit souvent de questions assez simples mais je voudrais partager un conseil. 

Il est souvent dit que la moitié de la réponse à une question juridique se trouve dans la question. Je ne crois pas qu’internet soit le bon vecteur pour ce genre de démarche. Je vous recommande donc autant que possible de vous adresser à l’imam de votre mosquée locale. D’une part, cela permet un lien avec la mosquée et d’autre part, l’imam pourra avoir un meilleur suivi et au-delà de la réponse juridique, il pourra nuancer sa réponse en fonction de votre réalité.

Je sais toutefois, que pour beaucoup de personnes, le lien avec la mosquée est parfois impossible ou trop complexe. Il est d’ailleurs actuellement impossible du fait du confinement. Dans ce cas, je pense qu’il faut donner la considération à nos shouyoukhs qui se sont spécialisés dans le traitement de ce type de questions et qui sont présents sur internet. Je pense notamment à Sheikh Mohamed Hendaz ou Sheikh Mohamed Patel, qui sont assez actifs sur Facebook, mais il y en a beaucoup d’autres hamdoulillah.

Que ceux qui m’ont adressé leurs questions ne ressentent aucune gêne et si je peux aider d’une manière ou d’une autre, je reste à votre disposition. Ce message est surtout une recommandation générale. Être au service des créatures d’Allah est un honneur mais il faut être vigilant à ne pas vouloir tout faire et rester humble devant les océans de savoir.

Qu’Allah nous garde à Son service parmi Ses serviteurs.

Fethallah Otmani

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